Les Fables de la Loi
De la chose publique, vous avez retenu la Raison d’Etat et le Fait du Prince. Des Grands Hommes et Femmes, un tailleur filou et malicieux vous a persuadés que vous portiez le manteau. Superbes, vous en arborez la griffe. Peaux de Tigre, de Panthère ou de Vieux Lion se révèlent peau de chagrin puis de lapin et vous laissent comme le Roi, nu. Du Prince vous avez compris que vous seriez machiavéliques, que le cynisme serait votre marque de fabrique. Vous vous êtes rêvés chefs de guerre républicains : à moi ! GAMBETTA, CLEMENCEAU, De GAULLE. Pour bien marquer la différence vous roulez, tonitruants polichinelles, berlines de fonction clignotantes et fanfaronnantes. Vos chaussures de géants, pauvres clowns, ne vous empêchent pas de dérailler.
Piètres républicains ! Tellement surs d’incarner la chose publique, tellement certains d’être à votre place, installé dans votre rôle - n’aviez vous pas fait les études pour çà ?- vous ne vous êtes inquiétés que de le faire savoir, sans jamais songer que, peut-être, vous deviez tenir votre rang. De l’orgueil vous aviez peut-être, de l’ambition toujours, de l’humilité jamais.
Et la Vertu, Messieurs, la Vertu révolutionnaire, qu’en avez vous fait ?
Vous avez terni les idées enluminées du XVIIIème, vous avez relégué la douce folie, la merveilleuse mystification, la superbe conscience, qui permirent d’affirmer, sans trop rougir, l’universalisme de la pensée française. Quand jadis la république trouva son génie en FRANCE, quand l’homme public entra en sympathie avec le bien public ; onanistes, vous êtes retournés à vous même.
Courtisans ridicules, le monarque républicain vous fascine. Comme un seul homme, déprimés, vous noyez votre chagrin les yeux au fond du bénitier à l’église du coin lorsqu’il vient à trépasser. « Le Roi est mort, vive le Roi ! ». Et l’Etat continue comme passe la caravane. Mais la chose publique dépérit ! Vous avez préféré les hochets à l’Encyclopédie et pauvres prométhées, vous vous recroquevillez en craquant comme sachets plastiques près du feu.
Chaque jour d’autres hommes et femmes, de l’étranger certes, mais néanmoins Hommes de la Déclaration, sont humiliés dans vos bureaux de préfectures (le huitième bureau des RG à PARIS si vous avez oublié le numéro et le service) antichambres des centres de rétention (Vincennes si l’adresse vous fait défaut). Chaque jour, jardiniers maléfiques, vous assignez aux basses œuvres des fonctionnaires zélotes, létales orchidées qui s’ouvrent, régurgitent et exhalent les humeurs mauvaises fermentées au fond de leur ventre mou, capturent, digèrent et recrachent l’exogène forcé dans leur corolle.
Vos lâches sentiments, votre goût de la chose publique pour banquier Suisse, votre politique obsidionale attisent féodalismes et fascismes. D’abord vous avez dissipé la sympathie échue en héritage avec l’œuvre de vos pères humanistes. Et puis, c’est fatal, la fatuité attire les claques. Ca soulage, çà peut faire rire et çà rapporte toujours. A chaque bombe qui pète, vous rivalisez pour mieux exprimer, dans les mots les mieux choisis, votre meilleure horreur, votre plus parfaite indignation, votre condamnation distinguée, votre dévouée consternation...
Mais quoi, vous savez bien que ce n’est pas les fondus de tous poils, barbus, tondus, trous du cul qui manquent pour flétrir la chair humaine : terribles sophistes, usurpateurs de la violence publique, ils se parent des oripeaux de la souveraineté. Cessez vos jérémiades ! Elles font écho aux bombes qui vous répondent. Dignement, hiératiques, dansez dans le blitz et, en public, soyez impeccables. Vos perversions, gardez-les vous. Elles intéresseront éventuellement le Ministère public. Moi, on s’en fout.
La discrimination positive c’est la création d’une bourse politique des « races ». D’ailleurs l’on connaît des cultures, des civilisations ; pas de « races » chez l’homme, des coups de soleils à la rigueur.
Avant la République 1, 5, 6 ou « n », il y a le contrat social, et la nation. C’est du texte, de l’histoire, et de l’interprétation, au sens quasi-musical du terme. Faut d’abord être juste. C’est pas un album à colorier en noir et blanc.
Rien ne montre que le candidat de la droite soit un mauvais homme. Sa formule lors de l’affaire des caricatures est démocratiquement impeccable. Au demeurant, c’est un homme politique sans culture ni conscience, sinon celle du clan, foncièrement dangereux au pays du Contrat social.
Le drapeau, « un torche-cul » s’était amusé Jean ZAY dans un pastiche littéraire instrumentalisé par l’extrême droite française dans les années 30, avant que ce radical de gauche, oublié de la candidate socialiste, s’engage pour combattre aux cotés des jeunes de son pays pour finir assassiné le 20 juin 1944 par la milice. Il cria : Vive la France ! avant de tomber sous la rafale de mitraillette. Je n’en doute pas un instant. Avant la République 5, 6, ou « n », il y a le contrat social ... c’est pas un album à colorier en bleu, blanc et/ou rouge.
Je ne me satisfais pas de ce pessimisme très anglais qui nous dit avec CHURCHILL que la démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres. Je ne me résous pas de voter pour un(e) pire à l’exception des autres. C’est pire qu’un moindre mal.
L'on a prétendu faire mieux, en France. Il faut d'urgence remettre l'ouvrage sur le métier.
