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"MP3", un format de compression
Les producteurs et distributeurs, notamment
sur l'Internet de séquences de sons au format MP3 ont assimilé par métonymie
les séquences au format de compression lui même: ainsi voit-on posée la
question absurde: "le MP3 est-il légal?" "Le" MP3 en
tant que format ou méthode de compression et d'enregistrement n'a rien en soi
d'illégal: ce n'est ni une arme ni un produit stupéfiant.
La question "les œuvres enregistrées
au format MP3 sont-elles licites?" a plus de sens, encore que la seule
utilisation de tel format de compression et d'enregistrement n'implique pas en
soi une atteinte ni aux droits des auteurs ni aux droits des titulaires de
droits voisins (artistes interprètes et producteurs de phonogrammes)
La destination des œuvres reproduites au
format MP3 peut cependant constituer un indice d'une volonté de fraude.
Le format de compression MP3 peut être un
outil de reproduction et de diffusion au service des auteurs
Tout procédé qui permet de fixer et de
diffuser aisément une œuvre musicale représente a priori une heureuse
opportunité pour l'auteur qui souhaite la communiquer au public.
Le format MP3 n'est cependant pas un simple
format de fixation du son, mais un format de compression.
La problématique de la compression au format
MP3 suppose que la propriété incorporelle de l'auteur, l'œuvre, ait été fixée
matériellement pour permettre de la communiquer au public de manière
indirecte.
D'autres droits de propriété sont alors nés
du chef de la fixation matérielle de l'œuvre: les droits voisins des artistes
interprètes ou exécutants et les droits voisins du producteur de phonogramme,
personne qui prend l'initiative et la responsabilité de la première fixation
d'une séquence de sons, ou de représentation de sons, (Traité OMPI du
20/12/96 sur les interprétations et exécutions et les phonogrammes)
La compression MP3 pourrait donc présenter un
avantage relatif pour l'auteur qui gagne un procédé simple pour communiquer
son œuvre - mais dans quel état? - et partant pour l'exploiter.
La compression MP3 semble présenter surtout
des désavantages pour le producteur dont la propriété est attachée à la
fixation particulière et matérielle d'une séquence de sons à laquelle la
compression va porter directement atteinte.
La compression MP3: un avantage relatif pour
l'auteur
L'environnement de création et notamment le
matériel et les outils de l'auteur agissent directement sur sa personne et
partant sur son œuvre.
Les auteurs de musique travaillent moins au
papier et à la plume; on les voit moins parcourant les vastes plaines à la
recherche de leur inspiration.
Aujourd'hui, les auteurs de musique composent
souvent en face de leur écran informatique, au moyen des technologies de création
musicales assistées par ordinateur. Ce processus de création ne rompt pas
complètement avec la fixation graphique manuscrite de l'œuvre par son auteur:
l'ordinateur a simplement remplacé dans une large mesure les outils graphiques
traditionnels. L'ordinateur est utilisé par le créateur de musique comme un
outil graphique.
De cet outil graphique, le créateur peut
tirer une reproduction sonore par exemple l'enregistrement MIDI de l'œuvre, qui
ne constitue pas la réalisation de sa conception achevée, mais plutôt un
simple échantillon sonore de la conception de l'œuvre par l'auteur.
Pour nombre de créateurs contemporains la
partition graphique est composée après la fixation informatique de l'œuvre,
à la suite de cette version informatique et bâtarde "graphique / mécanique",
mais fondamentalement graphique.
Culture et pratique en décalage, les formalités
de dépôt auprès des sociétés d'auteur requièrent la transcription de l'œuvre
sous forme de partition.
L'œuvre musicale pré produite par ordinateur
peut ensuite être réellement produite sous la forme de son mode d'expression
par essence, le son. (Pour les musiques dites de studio, la fixation mécanique
rencontre le moment de l'achèvement de l'œuvre musicale alors que sa fixation
graphique détermine le moment de sa conception). Le producteur intervient alors
avec les artistes interprètes et son matériel d'enregistrement pour réaliser
la fixation sonore de l'œuvre.
En même temps que se sont développées les
techniques et les moyens de création musicales par informatique, les
technologies acoustiques, numériques ou analogiques, se sont développées au
point que la qualité des enregistrements musicaux varient sur une échelle de
plus en plus étendue. Si l'on enseigne traditionnellement que le son n'est pas
protégeable, j'incline à penser le contraire, le producteur disposant de véritables
outils de sculpture du son qui permettent sans conteste au producteur d'imprimer
sa personnalité à la séquence sonore. La frontière entre les droits voisins
du producteur de phonogrammes et le droit d'auteur pourrait s'en trouver
bouleversée: les droits voisins conférés au producteur sont-ils exclusifs de
sa protection au titre du droit des auteurs?
A l'instar d'un metteur en scène, le
producteur phonographique réalise le scénario musical confié par l'auteur en
lui conférant la sonorité qu'il aura choisie. L'industrie musicale et la
production audiovisuelle confinent à la même économie juridique.
La frontière entre les œuvres musicales et
leurs fixations sonores était sans doute plus marquée à une époque où les
techniques d'enregistrement étaient plus sommaires et le travail post
enregistrement accessoire. Certaines œuvres musicale sont conçues comme destinées
à être essentiellement travaillées en studio: l'enregistrement prend le pas
sur la composition. L'ère de la "dématérialisation" a t-on dit?
Malgré cette fusion croissante entre l'œuvre
et son mode de communication indirect au public, la protection du créateur de
l'œuvre de musique n'est pas attachée à une fixation, non plus que
l'exploitation de l'œuvre est exclusivement attachée à cette fixation
particulière.
Le format de compression MP3 présente
l'avantage pour l'auteur de lui ouvrir une voie de communication de l'œuvre,
produite, sur des réseaux ou des supports limités ou saturés pour lesquels un
tel format de compression se justifie.
L'utilité pour l'auteur de la compression MP3
va dans une mesure décroissante de la capacité de débit des réseaux et de la
capacité de mémoire des supports.
Généralement, l'utilité pour l'auteur de la
compression de son œuvre au format MP3 croit à l'inverse de ses facultés d'édition
phonographique.
A l'opposé, pour les auteurs dont le public
est acquis, les vedettes, la compression au format MP3 présente moins d'intérêt
sous l'angle de l'économie de la production mais se distingue comme phénomène
sociologique: la diffusion d'œuvres enregistrées au format MP3 permet à
l'auteur de rallier à son public la jeune et sympathique population des
internautes …
L'autre plateau de la balance: quels inconvénients
pour l'auteur?
La qualité affaiblie des sons sous forme de
fichiers MP3:
Le mécanisme de compression consiste à
gommer toutes les informations sonores jugées hors de perception de l'oreille
humaine, par exemple les sons d'instruments présents sur la séquence de
l'enregistrement mais inaudibles parce qu'exécutés en même temps que d'autres
sons qui les masquent: le tintement du triangle exécuté en même temps que le
coup de gong par exemple. Quant aux sons audibles, sont effacés les fréquences
qui ne sont pas entendues par l'oreille humaine: les ultras sons (suraigus) et
les infras sons (surgraves). (technique de l'écrêtement)
Non seulement pour son chien qui peut
percevoir d'autres fréquences que celles que le maître perçoit, mais aussi
pour l'auditeur qui perçoit bien au delà de ce qu'il entend, le format de
compression MP3 ne restitue pas l'enregistrement original: il est radicalement
faux de prétendre que le format MP3 restitue la qualité d'un enregistrement
original sur CD. La séquence musicale au format MP3 restitue un son de CD
passablement dégradé. Pour illustrer le propos, le CD compressé au format MP3
est au mélomane ce que le camembert pasteurisé est à l'amateur de camembert
au lait cru …
La dégradation du phonogramme inhérente à
la compression au format MP3 est susceptible de porter atteinte à l'intégrité
de l'œuvre et à l'intégrité de la séquence de sons. L'auteur et les
artistes interprètes pourraient être fondés à agir au titre de leur droit
moral, à la différence du producteur qui ne jouit pas de telles prérogatives.
Sauf s'il revendiquait la protection en qualité d'auteur d'une séquence de
son, hypothèse qui relève encore de la science fiction juridique.
Le producteur peut toujours agir sur le
fondement de l'article L.335-4 du CPI au titre de ses droits patrimoniaux.
Notons que la dégradation du son inhérente
à la compression au format MP3 présente cependant un avantage: alors que l'on
reproche à la copie numérique de réaliser un véritable clone de l'original
plutôt que sa simple copie, la compression au format MP3 dégrade l'œuvre et
la séquence sonore à l'instar de la copie traditionnelle sur cassette audio.
Mais la dégradation s'arrête à la compression au format MP3. Les copies de séquences
MP3 seront autant de clones de la première séquence au format MP3.
Qualification juridique de la production MP3
D'abord, sous l'angle du droit moral de
l'auteur sur son œuvre - aussi celui des artistes interprètes sur leurs
interprétations - la compression de la fixation d'une œuvre musicale peut
conduire à une dénaturation, notamment si l'auteur a souhaité fixer son œuvre
au moyen d'une large palette sonore.
Ensuite, la compression au format MP3 suppose
une adaptation - à l'instar de la conversion analogique / numérique et un acte
de reproduction mécanique. L'autorisation expresse et préalable de l'auteur ou
de ses ayants droit est requise.
La compression au format MP3 précède
vraisemblablement sa diffusion sur Internet ou son enregistrement sur des
supports de mémoire flash. L'acte de communication au public ou de reproduction
(sur son lecteur RIO, YEPP ou autre LYRA) pour son usage personnel suppose également
l'autorisation de l'auteur.
Toute représentation ou reproduction intégrale
ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou
ayants cause est illicite.
Le producteur / distributeur de séquences
au format MP3 qui agirait sans l'autorisation de l'auteur commet des actes
d'exploitation contrefaisants à divers titre
Quant aux droits de propriété
intellectuelle sur les œuvres diffusées:
- Pour mémoire, la production / distribution
de séquences au format MP3 est susceptible de dénaturer l'œuvre et le
phonogramme et de porter atteinte au droit moral de l'auteur et des artistes
interprètes.
- La compression de la séquence originale et
la reproduction de cette compression sur support supposent l'autorisation préalable
de l'auteur. Ces deux actes pourraient être confondus.
- La délimitation du domaine d'exploitation
du droit de reproduction quant à son étendue, sa destination son lieu et sa
durée ressortit aux prérogatives exclusives de l'auteur. (Cf L.131-3 du CPI,
Civ 1, 01/03/1988). La mise à disposition sous un format MP3 d'œuvres
musicales antérieurement diffusées par l'auteur sous forme de CD audio et
commercialisées par les voies propres à cette forme, en vue de leur diffusion
sur Internet ou de leur reproduction sur supports de mémoire flash, est
susceptible de constituer une atteinte au droit de destination de l'auteur sur
ses œuvres.
Le droit de destination est toutefois
controversé en doctrine. Il contredit la tendance communautaire et
internationale à conférer des "droits de distribution épuisés" après
la première vente d'un exemplaire à l'intérieur d'un même marché, avec le
consentement du titulaire de droits. (Article 6 du Traité OMPI du 20/12/96
sur le droit d'auteur - Articles 8-2 et 12-2 du Traité OMPI du 20/12/96 sur les
interprétations et exécutions et les phonogrammes - Article 9 de la directive
CE du 19/11/92 relative au droit de location et de prêt et à certains droits
voisins du droit d'auteur dans le domaine de la propriété intellectuelle)
sauf le contrôle qui demeure aux auteurs et titulaires de droits voisins sur
les actes de prêt et de location et généralement sur tous les actes de
communication directe de l'œuvre et du phonogramme au public.
Aux termes des traités OMPI du 10/12/96 et de
la proposition de directive du 10 décembre 1997 sur le droit d'auteur et les
droits voisins dans la société de l'information, la mise à disposition de
phonogrammes "de manière que chacun puisse y avoir accès de l'endroit
et au moment qu'il choisit individuellement" demeure dans le champ des
droits exclusifs de leurs titulaires. La directive du 19/11/92 "droit de
location et de prêt" confère la même exclusivité aux termes de son
article 1.4.
- La diffusion en ligne de séquences MP3 pour
leur communication directe au public (diffusion sonore, intégrale ou par
extrait) contrevient au monopole des auteurs (et des producteurs) sur leur droit
de représentation.
L'exception de bonne foi du producteur MP3
semble exclue: comment aurait-il pu être abusé? Là encore, la question n'est
pas spécifique et le droit commun du droit d'auteur s'applique notamment par
analogie avec la distribution et la sous distribution d'œuvres contrefaites.
(Cf 24/09/99 Tribunal correctionnel de
Montpellier - Condamnation d'un informaticien, éditeur sur Internet, qui
proposait sur son site Web la vente par correspondance de compilations sur CD-R
de fichiers MP3)
Responsabilité du producteur /
distributeur de fichiers MP3 envers les titulaires de droits sur son matériel
d'exploitation:
La conversion de CD audio ou de séquences au
format WAV au format MP3 suppose l'utilisation de logiciels (MusicMatch JukeBox:
RIO - AudioCatalyst: XING - YEPP). Le Producteur / Distributeur de séquences au
format MP3 devra s'assurer que sa licence d'utilisation de son logiciel de
conversion lui autorise une exploitation commerciale ou publique. Il commet
sinon le délit de contrefaçon de logiciel.
Il pourrait également commettre le délit de
contrefaçon au préjudice des titulaires de droits sur le format MP3 lui même:
l'appartenance au domaine public du format MP3 se révèle en effet controversée.
Qualification juridique de l'utilisation
de fichiers MP3 mis à disposition sur le réseau Internet ou sur supports
La poursuite d'adolescents acquéreurs - tout
au moins utilisateurs - de fichiers MP3 par l'industrie phonographique a défrayé
la chronique. L'internaute qui télécharge une séquence de sons au format MP3
commet-il une infraction?
La question n'a aucun caractère de particulière
nouveauté et le droit commun s'applique sans considération du format
particulier de la séquence sonore: le format MP3 ne modifie pas la
qualification juridique des faits. Il constitue cependant un indice pour apprécier
la bonne foi de l'utilisateur.
L'usager bénéficiaire de la prestation de téléchargement,
voire le simple auditeur d'un service qui diffuserait des fichiers au format MP3
sans l'autorisation préalable et expresse des auteurs et des producteurs,
commet un acte de reproduction illicite sur la mémoire temporaire ou permanente
de son ordinateur. Il est susceptible de participer comme coauteur ou complice
à un acte de diffusion illicite.
En matière de contrefaçon la mauvaise foi de
l'utilisateur se présume. Au pénal comme au civil. Il appartiendra donc à
l'utilisateur poursuivi par l'auteur et les divers ayants droits victime de la
contrefaçon de convaincre ses juges: il pourra notamment démontrer qu'il avait
pris toute mesure afin de vérifier le consentement de l'auteur préalablement
à la diffusion du phonogramme au format MP3 et qu'il avait pu raisonnablement
croire à ce consentement.
Il s'agirait en somme pour l'utilisateur de démontrer
qu'il a été trompé par celui auprès de qui il s'est procuré l'œuvre au
format MP3.
Les pratiques démagogiques et irresponsables
de certains sites Web laissent quelques probabilités de succès à une telle défense
de l'utilisateur: sa bonne foi peut avoir été surprise par des annonces aux
termes desquelles le "MP3 est légal", ce qui ne veut rien dire
en soi mais peut avoir été entendu comme "vous ne portez atteinte aux
droits de personne". La gratuité des fichiers MP3 laisserait peu de crédit
à la démonstration de sa bonne foi par l'utilisateur.
L'utilisateur devra s'assurer en tout état de
cause que le nom de l'œuvre, de l'auteur et du producteur de la séquence ainsi
que les mentions obligatoires de copyright figurent sur le fichiers MP3
enregistré: l'utilisateur qui reproduit une œuvre au format MP3 sans ces
mentions nominatives porte directement atteinte au droit moral de l'auteur. De
facto, la preuve de sa bonne foi devient alors impossible.
L'exception de copie privée
Lorsque l'œuvre a été divulguée, l'auteur
ne peut interdire les copies ou reproductions strictement réservées à l'usage
privé du copiste (de la personne qui les réalise) et non destinées à une
utilisation collective. Cf L.122-5-2°, L.211-3-2°, L.311-1 du CPI.
Quant aux auteurs, la compression de l'œuvre
au format MP3 suppose plus que le simple droit de reproduction des auteurs: la
compression au format MP3 flirte avec le droit d'adaptation et le droit moral.
C'est une évidence dans le monde analogique,
c'en est moins une dans l'univers numérique, l'exception de copie privée
suppose que le fabricant ou son représentant se soit acquitté du paiement des
droits sur le support de fixation original.
L'exception de copie privée suppose donc la
reproduction sur un support donnant lieu à redevance au bénéfice des
titulaires de droit. (L.311-1 du CPI). A défaut pour le fabricant du support de
s'acquitter de cette redevance l'utilisateur participe au délit de contrefaçon
(L.335-3 du CPI)
Quant au but poursuivi par l'utilisateur,
l'exception de copie privée suppose un usage privé du copiste et l'exclusion
de toutes destinations collectives. Je rappelle la nécessaire identité de
personne entre le copiste et l'usager de la copie. (Affaire Rannou Graphie Civ.
1ère, 7 mars 1984) qui exclut les officines proposant des
prestations de copie des bénéficiaires de l'exception de copie privée. (Cf
Tribunal correctionnel de Valence 02/07/99: MP c/ DROUOT)
La copie privée suppose encore qu'une telle
reproduction ne porte pas atteinte à l'exploitation normale de l'œuvre ni ne
cause un préjudice injustifié aux intérêts légitimes de l'auteur. (article
9-2° de la convention de Berne dont les dispositions sont reprises notamment
dans les traités OMPI du 20/12/96).
La copie privée au format MP3 pourrait donc
se justifier pour un usage ressortant strictement à l'usage privé et non
collectif du copiste, par exemple la copie d'un CD pour une utilisation sur un
support nomade de mémoire flash type RIO, YEPP ou LYRA; pour autant que
l'importateur se soit acquitté de la redevance de copie privée.
Notons le caractère précaire et controversé
de l'exception de copie privée. Elle ne ressort pas d'une volonté politique
positive. Seulement le monopole de l'auteur "butte" sur la sphère
privée de l'utilisateur.
MP3: la rupture artistique
Le format de compression ZIP permet de
compresser des données graphiques informatiques afin de faciliter leur
transport et leur stockage. Les données graphiques peuvent supporter des œuvres,
un livre par exemple. La création littéraire supportée par les données
graphiques n'est pas affectée par la compression dans la mesure où les données
compressées sont ensuite restituées par décompression "dézippage"
sous leur forme originale.
A la différence du format de compression ZIP,
le format de compression MP3 comprime les données sonores pour ne jamais les
restituer sous leur forme originale mais toujours sous cette forme comprimée.
Un format de compression graphique analogue au format MP3 restituerait une œuvre
littéraire sous la forme d'un résumé: les mots jugés inutiles pour le sens
et la démonstration auraient été supprimés.
Le format MP3 s'inscrit dans la logique économique
de la circulation de l'œuvre et de la séquence, au préjudice de la protection
des auteurs, des artistes interprètes et des producteurs de phonogrammes. Cette
logique s'inscrit elle même dans la dialectique propre à l'Internet et généralement
aux nouvelles technologies de l'information et de la communication:
l'internaute, privé ou professionnel commerçant, tend à faire prévaloir la
circulation des œuvres au détriment de la protection des titulaires de droits
de propriété intellectuelle. Pour mieux justifier cette circulation, il tend
à disqualifier les œuvres au rang d'information ou d'idées de libre parcours
afin de revendiquer son droit à y accéder et à les utiliser librement.
Stricte logique commerçante pour l'exploitant
et stricte logique de créancier d'un patrimoine commun de l'Internet pour
l'usager.
La disqualification des œuvres au rang
d'informations non protégeables et partant malléables à l'envi notamment par
compression, heurte de plein fouet la création musicale stimulée par les
nouveaux outils de raffinement du son.
La circulation des phonogrammes au format MP3
m'apparaît aussi comme la conséquence de la promotion d'œuvres musicales
comme produits de consommation courante, de moindre vertus artistiques,
produites sur commande pour leur exploitation.
Le "tube" commandé, instillé et
distillé chaque été pour le meilleur profit des chaînes de télévision de
radios - et aujourd'hui de l'Internet - trouve son âme damnée, vecteur idéal
avec le format MP3 …
Cette stratégie induit la promotion des
auteurs et des œuvres les plus rentables avec quelque, sinon complicité, à
tout le moins passivité bienveillante des sociétés de perception et de répartition
(SACEM, SCPP, SPPF ..) et l'apparition d'un public un peu mutant, de peu de goût,
un peu fruste et pas civilisé, échappé sur l'Internet, qui refuse dorénavant
de s'acquitter du paiement de droits sur des produits tellement répandus,
tellement faciles d'accès, tellement martelés, tellement semblables, tellement
loin de la création artistique, tellement naturels qu'il suffit de se baisser
pour les ramasser …
Quelques repères
L'affrontement Recording industry
Association of America (RIAA) v/ DIAMOND MULTIMEDIA, fabricant du lecteur RIO
Juin 1999 la 9ème Court of Appeals
à San Francisco rejetait le recours de la RIAA dans son instance contre Diamond
Multimedia, fabricant du RIO. La RIAA plaidait que le RIO violait la loi sur la
copie audio familiale. (Audio Home Recording Act) qui dispose que les fabricants
d'appareils d'enregistrements audio doivent intégrer des standards de gestion
de copies en série (Serial Copy Management Standards) afin de prévenir la
multiplication des enregistrements d'une même œuvre enregistrée.
Selon la 9ème Circuit US Court of
appeals le lecteur RIO ne constitue pas et n'est pas susceptible d'être qualifié
de "digital audio audio recording device" - appareil
d'enregistrement audio numérique.
Le juge O'Scannlain écrit que le "valeureux
nouveau monde de la distribution musicale sur l'Internet est bâti sur des
techniques qui ne sont pas parfaitement en prise avec le droit actuel.
(..)L'utilisation du Rio entre parfaitement dans l'objet principal de la loi:
faciliter l'usage personnel."
Peut-être eût-il été plus efficace pour la
RIAA d'agir contre DIAMOND en qualité de coauteur ou de complice à l'occasion
d'une contrefaçon d'un phonogramme et d'une œuvre en particulier plutôt que
de solliciter l'interdiction absolue du lecteur RIO.
Les initiatives de membres isolés ou regroupés
au sein de l’industrie de la création artistique, notamment musicale, se
multiplient aux fins d’exploiter dans leur intérêt bien compris les œuvres
au moyen des normes de reproduction et de diffusion numériques.
La codification numérique présente cette
particularité qu’elle associe sur un même support le vecteur de transmission
et le signal de reproduction de l’œuvre.
C’est pourquoi l’on assiste à une vaste
confusion entre :
des formats de compression numérique
(ex : MP3, WMT 4.0 …), des formats de reproduction non compressés
(ex MIDI, Audio …),
des appareils de lecture commercialisés,
d’autres en cours de développement, d’autres en cours de mise sur le
marché (LYRA, WMT 4.0, Virtuosa Gold, Real Juke box, Music Match Juke box,
Winamp ..),
des initiatives institutionnelles aux fins
de recherche et de développement qui ont pour objet à la fois les normes de
reproduction, de compression, d’identification et de gestion (SDMI, MADISON,
LABS A2B …),
des systèmes d’enregistrement et
d’identification susceptibles d’intégrer chacun des formats, normes et
logiciels évoqués (Identification Digital Number (IDDN), Digital Object
Identifier (DOI), Genuine Music Mark - Good Noise - ... et alors même qu’un
système tel IDDN est effectivement commercialisé par une entreprise privée
quand le projet Digital Object Identifier réalise un programme de recherche
et de développement notamment à l’initiative des éditeurs de librairie américains
- AAP)
des mécanismes de gestion de droits ébauchés
à l’occasion du développement de la plupart de ces formats et logiciels
(Electronic Music Management System, Genuine Muisc Mark, Secure ASF,
Electronic Music Distribution …)
Le juriste doit notamment distinguer au sein
de ce chaos ce qui ressort strictement à l’exploitation de l’œuvre :
les normes, formats, projets de R&D de reproduction, compression, diffusion ;
ce qui ressort à la gestion des œuvres et ce qui ressort à leur
identification et à leur protection ; par exemple le système WMT 4.0 de
Microsoft semble comprendre à la fois une nouvelle norme de compression, un
nouveau format de diffusion ainsi qu’un système intégré de gestion de droit ;
par contre REAL AUDIO ne semble pas développer un nouveau format de compression ;
par contre encore les programmes de développement de systèmes de protection et
de gestion de droits mis en œuvre par des éditeurs ou des producteurs réunis
(SDMI, MADISON ..) tendent à appréhender tout format et toute norme sauf à
nuire à la bonne exploitation des œuvres et à enfreindre le droit de la
concurrence (entente illicite, abus de position dominante …) A cet égard les
règles de droit ne sont pas fondamentalement différentes de part et d’autre
de l’Atlantique.
Tentons de dissiper tant soit peu la confusion
dans un vaste chantier ou aucun partenaire ne semble s’associer exclusivement
à un format, une norme, un logiciel ou un programme de recherche et de développement.
Seule une chose est certaine : les
partenaires sont des entreprises commerciales qui cherchent à prendre avant
tout la bonne vague lorsqu’elle affleurera. Elles se placent donc partout où
l’exploitation est susceptible de se réaliser, sans aucune exclusive, mais
aussi en tentant de s’approprier l’ensemble « Format reproduction
et compression – Logiciel lecture reproduction et diffusion – Norme et
logiciel identification protection gestion ». Beaucoup de spéculations
en somme et peu de stratégies.
J'ai distingué et réparti arbitrairement et
à titre d’illustration les normes, formats, systèmes, logiciels, et projets
de recherche et de développement qui figurent à la suite.
La liste n’est pas exhaustive. Ses éléments
y figurent seulement à titre d’exemple avec quelques caractéristiques
saillantes pour fixer quelques repères.
Il conviendrait aussi de distinguer les sites
Web de diffusion selon les formats et normes adoptés, les catalogues, le type
d’œuvre, la gestion des droits et autorisations … Ce sera l’objet d’une
suite à cette étude.
Modulez cet état des lieux relatif selon vos
propres sources d’informations, réflexions et expériences pour déterminer
vos repères personnels.
1- Systèmes lecteurs (logiciels, système
d’exploitation ..)
1.1 MS AUDIO 4.0
Partenariat MICROSOFT – SONY – SW Networks
– Cf http://www.launch.com
Microsoft lance simultanément Windows Media
Technologies 4.0. Nouveau format de compression musicale le WMT 4.0. Qualité équivalente
au MP3 avec taux de compression deux fois supérieur.
WMT 4.0 constitue également un outil de
gestion et de protection, rights manager system, dénommé SECURE ASF. CIRRUS
LOGIC (www.cirrus.com) annonce un ensemble
de composants pour la fabrication de lecteurs portables WMT 4.0.
Artiste partenaire : David BOWIE.
1.2- LABS’ A2B MUSIC
Partenariat LIQUID AUDIO – AT&T –
MATSUSHITA - BMG – UNIVERSAL MUSIC GROUP.
La norme LABS A2B MUSIC doit permettre de réaliser
le projet Electronic Media Distribution (EMD) : consiste à télécharger
une source musicale au format numérique avec accès à des fichiers graphiques,
vidéo ..
Norme et projet développés par INTERTRUST
TECHNOLOGIES – RECIPROCAL (au capital de laquelle SOFTBANK et MICROSOFT) –
DIAMOND MULTIMEDIA est partenaire.
Le projet EMD associe également un système
de gestion de droits.
Développé afin d’adopter tous types de
formats d’enregistrement et de compression (MIDI, Audio, MP3 et autres)
Cf site CranBerry Grove - Système Power
Chord.
Artiste partenaire : Alanis MORISSETTE
1.3- Partenariat THOMSON - REAL NETWORKS -
RCA pour développer le lecteur LYRA - Logiciel Real Juke box: formats Real
Audio G2, MP3, Wav.
Cf www.real.com
Cf www.iFrance.com
Cf www.thomsonmulimedia.fr
1.4- AUDIOSOFT
Sélectionné comme prestataire du projet Open
Right System du programme Info 2000 de la Commission européenne. Commercialise
le logiciel Virtuosa Gold. Logiciel téléchargeable sur le site de la FNAC pour
une diffusion au format MP3.
1.5- Convertisseurs au format MP3:
Music Match Juke Box (Diamond) - AudioCatalyst
(Xing Technologies)
1.6- Lecteurs spécifiques de séquences MP3:
WINAMP - MACAMP - FREEAMP - NULLSOFT
2- Initiatives communes de recherche et de
normalisation
2.1- MADISON
Associe notamment les majors de l’édition
musicale, WARNER - SONY – UMG – BMG – EMI – à IBM.
IBM développe l’Electronic Music Management
System (EMMS) qui intègre REAL PLAYER (REAL AUDIO) – EMMS constitue également
un lecteur universel.
IBM et SONY ont annoncé la mise en œuvre
d’un système de protection pour la distribution musicale. Synthèse des
technologies de surveillance des droits de propriétés MagicGate et OpenMG de
Sony, et de l’EMMS développé par IBM.
2.2- SDMI
A l’initiative de la Recording Industry
Association of America (RIAA) – Consiste non pas à développer une norme ou
un format de reproduction, diffusion, protection ou de gestion mais à rédiger
un cahier des charges afin de déterminer les formats susceptibles d’être
validés par la RIAA. Le cahier des charges actuel stipule expressément que les
formats validés doivent pouvoir supporter toutes normes de protection ou de
gestion.
2.3- GOOD NOISE
Genuine music mark – Genuine music
Certificate - Annonce la diffusion de 1000 fichiers de 75 artistes – Norme MP3
Cf www.goodnoise.com
- $8.99 l’album - $.99 for a « track »
3- Systèmes universels d’enregistrement
identification contrôle
3.1- IDDN
3.2- Digital Object Identifier (DOI)
3.3- Electronic Media Distribution (EMD)
3.4- Electronic Music Management System
3.5- PROTECREA
Il faut bien considérer les différences de
nature et de structure de chacun de ces systèmes. J’ai déjà noté que
certains relèvent du projet de recherche et de développement (DOI …),
d’autres de systèmes exploités dans le commerce afin d’identifier tous
types d’œuvres et de gérer les autorisations (IDDN …), d’autres sont conçus
afin d’identifier et de gérer directement la répartition des droits de
redevances (EMMS …), d’autres restreints à la seule diffusion musicale
voire à la seule diffusion de musique imprimée (Genuine Music Marc, Music
Sheet développé par MUSIC SALES pour la distribution de musique imprimée ..)
sont fondamentalement différents des systèmes universels type IDDN.
3.6- Power Chord: Système
d'identification protection gestion mis en œuvre par INTER TRUST TECHNOLOGIES -
En juillet 1999, la société INTER TRUST édite un site appelé CRANBERRY GROVE
afin de permettre aux titulaires de catalogues de tester le système. Rappelons
qu'INTERTRUST est associée à UMG et espère d'autres accords avec des labels
de moindre importance. INTERTRUST créée des logiciels destinés à permettre
l'exploitation de tous types d'œuvres - textes, sons, images - quel que soit le
média et quel que soit le format. Ses systèmes à l'instar de tous les autres
avaient la réputation d'être complexe à utiliser. Le site CRAN BERRY GROVE
devrait répondre à cette critique et la mise en œuvre du système Power Chord
devrait être simple d'utilisation. Il s'agit pour les dirigeants d'InterTrust
de séduire les titulaires de droits afin de les rassurer et de rompre leur réticence
envers l'exploitation numérique.
Les labels peuvent faire l'expérience
gratuite du système Power Chord jusqu'en octobre.
3.7- InterTrust entre en compétition avec
des ayants droit et des exploitants qui ont décidé de donner toute licence
gratuite à l'exploitation des œuvres sous formats MP3. Par exemple GOOD NOISE.
3.8- Liquid Audio: semble développer un
système très similaire au POWER CHORD.
3.9- Music Marc: les utilisateurs doivent
souscrire la communication d'informations personnelles.
4- Formats numériques de communication -
compression
MIDI – Audio numérique non compressé
AUDIO Compressé : MP3, MS AUDIO 4.0, EMD
(LiquidAudio), Wav, Real Audio G2, … A priori une infinité de formats de
compression numérique possible. Les formats élus par l’industrie et le
public associeront vraisemblablement des critères techniques de conformité aux
réseaux de diffusion (à réseaux égaux, un taux de compression toujours supérieur
tend à devenir imperceptible et inutile), des critères de qualité (il
s’agit quand même et avant tout pour les formats sonores de restituer de la
musique exécutée et interprétée !), des critères économiques
(notamment de coût) de critères conjoncturels, (quels que soient ses défauts
techniques, le format MP3 jouit d’une rente de situation - considéré comme
le format adopté de facto par le public et, à sa poursuite, l’industrie
musicale) de critères politiques (reconnaissance et adoption par les autorités
publiques et organismes de gestion de droits) …
5- Lecteurs, supports de lecture,
transmission et reproduction sons et multimédias
Mini disc – DAT – Disquette – CD – DVD
RIO (DIAMOND) lecteur de fichiers MP3
NetMan (SONY) Carte Flash MemoryStick -
Lecteur universel de formats numériques - 4, 16, 32 Mo
Nomad de Creative Labs (32/64 MB) lecteurs de
fichiers au format MP3, disponible aux USA.
I-Jam Multimedia Corporation. Affiliée à
Wireless Marketing Corp, fabricant de hardwares (radios).
MS AUDIO 4.0 -WMT 4.0 Microsoft.
LYRA de THOMSON - intègre Real Player.
Real Player – lecteur universel mais le
format MP3 est considéré comme la norme de référence par REAL AUDIO qui a
ainsi racheté XING TECHNOLOGY, développeur du MP3 – Cf EMMS
Liquid Audio Cf 1.2
AUDIOSOFT : Virtuosa Gold Cf 1.5
YEEP-E 32 – SAMSUNG – baladeur MP3 –
Cartes SmartMedia amovibles qui remplacent les cassettes audio. Disponible fin
1999 avec des cartes contenant 8 à 16 Mo.
6- Lecteurs, supports de lecture,
transmission et reproduction graphique
Logiciels et formats « propriétaires » :
Music Sheet (Music Sales) – Sun Hawk - Lecteurs MIDI
Logiciels et formats « freeware » :
PDF ..
7- Supports d’enregistrement amovibles
Cartes de mémoire Flash
CompactFlash – SANDISK, HITACHI - lecteurs
cartes PC « PCMCIA » ordinateurs portables – 4 à 96 Mo – 35
FF / Mo
SmartMedia – TOSHIBA, SAMSUNG (YEEP-E32), 2
à 32 Mo – 20 à 25 FF / Mo
MultimediaCard – SIEMENS – 8, 16, 32 Mo
– 76 FF / Mo
MemoryStick – SONY – 4, 16, 32 Mo – 44
FF / Mo
Supports magnétiques
Minidisquette :
Disquette ZIP Iomega – Click ! :
microdisquette de 40 Mo - 120FF – 3FF/Mo
Minidisque dur :
MicroDrive (IBM) – petite taille 340 Mo -
Adopté par SANYO pour appareil photo – Non
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